HISTORIQUE DES CHATEAUX D'EAU

Un château d'eau est un réservoir dont le fond s'élève au-dessus du niveau du sol. Une telle construction est essentiellement composée de deux parties: le réservoir proprement dit ou cuve, incorporé dans la partie cuve, ainsi que la construction du support ou socle, incorporé dans la partie pied. A part ces parties élémentaires, le château d'eau doit évidemment contenir des prévisions pour l'adduction et l'écoulement de l'eau, ainsi que les conduites de trop-plein et de vidange du réservoir, les moyens d'accès au réservoir et d'aération (cfr. l'illustration ci-après).

Illustration extraite de : Etude des châteaux d'eau en Belgique - Bulletin d'information © ANSEAU Avril 1990

Dans l'ensemble de l'approvisionnement en eau, le château d'eau remplit une double fonction. La première est de constituer un tampon entre la production d'eau qui se fera de préférence d'une manière aussi égale que possible, et d'autre part, la livraison de cette eau au consommateur suivant un cycle journalier, qui connaît des consommations de pointe au cours de la journée et enregistre des débits minimaux pendant la nuit. De plus, il doit pouvoir garantir une pression minimale dans chaque point du réseau de distribution.

Ces fonctions sont liées aux origines de la distribution d'eau potable par réseau, qui datent du milieu du siècle passé. Avant, son rôle se limitait plutôt à celui de répartiteur d'eau. Déjà à l'époque romaine, l'eau des aqueducs assurant l'approvisionnement en eau des villes, fut reçue dans un castellum (aquarum), un réservoir élevé, à partir duquel l'eau était répartie sur les différents quartiers. A Nîmes, ce castellum avait la forme d'un réservoir cylindrique, d'où partaient 10 conduites en plomb. A Pompéi, l'eau quittait le château d'eau central et était répartie sur des petits châteaux d'eau, dispersés dans la ville et destinés à alimenter les différents quartiers, soit par l'intermédiaire de fontaines publiques fonctionnant sans arrêt, soit par un réseau de distribution vers les maisons privées. Ces châteaux d'eau, érigés dans les différents quartiers de la ville, étaient composés d'un socle en maçonnerie sur lequel reposait un réservoir monolithique.

Cette simple conception est resté d'application jusqu'au dix-neuvième siècle. Ainsi, des quartiers de la Ville de Liège étaient alimentés dès 1690 par l'intermédiaire de châteaux d'eau qui avaient la même fonction de répartiteur d'eau que leurs pendants à Pompéi. Le château d'eau des Fontaines Roland était composé d'une tour en briques, à l'intérieur de laquelle était monté un réservoir en cuivre d'un diamètre de 80 centimètres et d'une profondeur de 45 centimètres; de là partaient des conduites en plomb pour alimenter les fontaines et les connexions privées.

A Liège, on pouvait amener l'eau par gravité depuis les galeries hautes situées dans la vallée de la Meuse. Dans la plaine par contre, comme par exemple dans les Flandres et aux Pays-Bas, l'eau devait être pompée avant sa distribution. Au quinzième siècle, on pouvait se passer d'un réservoir élevé pour la maison hydraulique à Bruges, étant donné que l'eau était amenée en ville par l'intermédiaire de fontaines d'eau courante. Vers 1550, l'eau destinée aux brasseries de la Nieuwstad à Anvers, fut fournie d'une manière discontinue. Un manège servait à pomper l'eau dans un réservoir surélevé; de là partait une conduite en plomb vers chaque brasserie connectée. L'eau était fournie contre paiement en ouvrant le robinet d'alimentation de la brasserie concernée. Bien que dans ce cas spécifique, la fonction de distribution du château d'eau soit restée dominante, l'importance de l'aspect "réserve d'eau" devenait évidente.

Cet aspect s'est marqué plus clairement encore, à partir de 1835, quand notre pays commença à développer son réseau des chemins de fer, basé sur la traction à vapeur. Les locomotives devaient pouvoir régulièrement se ravitailler en eau, ce qui nécessitait la livraison de grandes quantités en peu de temps, chose qui n'était pas réalisable en faisant usage de pompes. La solution au problème fut trouvée par l'installation de réservoirs surélevés. Des châteaux d'eau dans le sens actuel du mot n'étaient que très rarement construits : encore s'agissait-il le plus souvent de cuves en bois ou en fer, installées à l'étage supérieur d'un édifice d'apparence ordinaire. Ce qui peut très bien expliquer la raison pour laquelle sur les croquis panoramiques des gares de cette période, les châteaux d'eau ne se singularisent presque jamais. Au rez-de-chaussée de ces bâtiments pouvaient être installées les pompes nécessaires au remplissage des bacs. Au siècle passé, l'approvisionnement en eau potable dans les régions rurales était d'ailleurs insuffisamment développé pour pouvoir fournir l'eau à ces installations, de sorte que les compagnies de chemin de fer se sont chargées elles-mêmes de cet approvisionnement, activité dont elles s'occupent encore de nos jours.

Le développement de l'approvisionnement en eau potable moderne attribuait au château d'eau les fonctions précitées de réserve-tampon et de régulateur de pression. Ces fonctions sont déterminantes respectivement pour la capacité et la hauteur. La capacité est déduite des différences entre l'adduction depuis l'unité de production d'une part, et la livraison au réseau de distribution d'autre part. A cette fin, il convient de connaître les fluctuations diurnes de la demande dans le réseau et de faire une estimation des courbes de consommation futures. Encore faut-il tenir compte des consommations supplémentaires éventuelles par les services d'incendie et prévoir des quantités d'urgence au cas où la production devrait être interrompue. Le niveau d'installation de la réserve d'eau sera déterminé par la pression minimale imposée à certains points du réseau de distribution, ainsi que par la perte de charge dans les conduites. D'une étude du relief de la région et de la structure du réseau des conduites pourront ensuite être déduits le lieu d'emplacement le plus favorable du réservoir et la hauteur du château d'eau.

L'aspect extérieur d'un château d'eau est déterminé en premier lieu par les caractéristiques techniques, plus précisément par la capacité et l'élévation de la cuve. Ensuite, ce seront la disponibilité des matériaux de construction et l'évolution du génie civil qui joueront un rôle. C'est ainsi qu'entre 1880 et 1910, les améliorations en matière de construction des cuves en fer ont fortement influencé l'aspect des châteaux d'eau, tandis que l'apparition d'abord du béton armé et celle ensuite du béton précontraint ont visiblement influencé l'évolution récente de la construction des châteaux d'eau.

L'aspect financier est étroitement lié à ces évolutions. L'amincissement du pied, rendu possible grâce à l'introduction des fonds Intze vers la fin du siècle passé, signifiait une réduction considérable du prix de revient à cause de la diminution du volume de maçonnerie à exécuter. Plus récemment, la transition entre les châteaux d'eau du type colonne en maçonnerie, à la construction en forme de champignon en béton a encore été favorisée par la différence du prix de revient d'une construction en maçonnerie et d'une autre en béton avec coffrage coulissant.

Il est évident que l'emploi d'éléments décoratifs fait monter le prix d'un château d'eau. On constate qu'en Belgique, contrairement à d'autres pays comme l'Allemagne et les Pays-Bas où les villes ont construit des châteaux d'eau réellement monumentaux, peu d'argent a été dépensé à l'embellissement de ces constructions. De la transition au béton, naît un style utilitaire mais stéréotypé, qui est généralement ressenti comme étant inesthétique. En 1939, en réaction à cette évolution en France, fut organisé un concours pour la conception de châteaux d'eau adaptés aux petites villes et aux communes rurales. Une analyse des projets permet de constater que :

On doit observer que les différents éléments apportés par ces projets français ont depuis lors nettement influencé la construction de châteaux d'eau en Belgique, jusque dans les années septante.

Comme quatrième facteur influant sur l'aspect extérieur des châteaux d'eau, pourra être cité le style architectonique du moment. C'est ainsi que vers la fin du siècle passé, on y retrouve des éléments néo-classiques ou éclectiques. Au début du 20èrne siècle, l'influence de l'art nouveau se manifeste par l'usage de briques colorées dans l'enveloppe de certains châteaux d'eau, tandis que la décoration parfois abondante des années trente se réfère à l'art déco.

Dans ce contexte se dessine l'histoire du développement qu'a connu la construction des châteaux d'eau en Belgique. Elle est marquée, d'une part, par les tendances qui se sont manifestées à l'étranger, plus précisément en France et en Allemagne, et d'autre part, par les accents propres au caractère local qui n'ont cependant pas manqué de se reporter, à leur tour, sur la construction de châteaux d'eau en d'autres pays.